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David Adjaye, architecte : “Un bâtiment conçu pour un seul usage n’est pas durable”

Le musée national de l’Histoire et de la Culture africaines-américaines, inauguré en 2016 à Washington. Pour concevoir le revêtement ajouré de la façade, David Adjaye s’est inspiré d’ouvrages de ferronnerie réalisés par des esclaves au XIXe siècle. Il accordé une interview au magazine allemand zet online

Nous joignons l’integralité de l’interview traduite en langue française

À 54 ans, le Britannico-Ghanéen David Adjaye est l’un des architectes les plus demandés du moment. Il construit des bibliothèques, des musées et des cathédrales aux quatre coins du monde et, projet après projet, dynamite les canons architecturaux occidentaux. Il est l’un des chefs de file d’une envie de construire autrement, plus durable, mieux adaptée aux lieux, aux contextes et aux besoins. Rencontre.

DIE ZEIT : Monsieur Ad­jaye, à quoi travaillez-vous actuellement ?

DAVID ADJAYE : Nous construisons aux États-Unis plusieurs universités et musées, dont le Stu­dio Mu­se­um, dans le quartier de Harlem, à New York, et le musée d’art de l’université de Princeton. À Manhattan, nous sommes en train d’achever notre première tour d’habitation, de 66 étages. Nous sommes par ailleurs très impliqués en Afrique, avant tout au Ghana. Là-bas, notre plus gros projet, c’est la conception du nouveau centre-ville d’Accra [la capitale du pays], avec des bâtiments culturels et publics.

Quel genre de bâtiments ?

Nous avons besoin d’archives et de musées nationaux, et nous devons restaurer des mémoriaux qui existent déjà. Il manque en outre une salle de concerts. Le Ghana a une culture musicale traditionnelle très vivante, mais il n’a pas de véritable salle de concerts. Il faut également développer les quartiers de la côte. Le Ghana a un littoral incroyablement beau, mais, contrairement à ce qu’il se passe dans d’autres villes côtières, il n’y a jusqu’à présent pas de vie dans les quartiers côtiers d’Accra.

Pourquoi ?

Pour des raisons historiques : dans beaucoup de pays d’Afrique, la mer est associée à l’esclavage et à d’autres formes d’exploitation. C’est pour cela qu’au Ghana on a toujours tourné le dos à l’océan. On y voit un espace où se sont passées des choses terribles. À l’exception de l’Afrique du Sud et de l’Angola, en Afrique, il n’existe quasiment pas de promenades en bord de mer où passer un moment agréable.

Les Ghanéens ne passent-ils pas de temps à la mer ?

Dans les villages, si, les gens vont par exemple pêcher – ils vivent de la pêche. Mais d’une manière générale, la mer n’est pas vue comme un espace de loisirs, en ville non plus.

À Accra, vous êtes aussi en train de construire une cathédrale qui pourra accueillir 5 000 personnes. Que représente pour vous ce projet ?

C’est extraordinaire de pouvoir bâtir quelque chose qui a une telle importance symbolique pour un pays. En Europe, on considère qu’édifier des musées et des immeubles de bureaux, c’est super. Mais c’est une idée néolibérale de ce qui a de la valeur. Quand on construit un jeune pays, ce sont la justice, la vie politique, l’éducation, les universités qui sont fondamentales. Et bien entendu la spiritualité. Ce sont toutes ces choses qui font l’ADN d’un lieu.

La majorité des Ghanéens sont chrétiens. Qu’apporte une cathédrale que les églises n’ont pas ?

En réalité, personne n’a besoin de cathédrales. Mais une cathédrale est l’expression de la façon dont un pays se comprend. La cathédrale Saint-Paul, à Londres, personne n’en avait besoin. Mais en la construisant, l’Angleterre a dit au monde que Londres était une ville prospère, avec une identité forte. Idem pour la cathédrale de Milan, et en général pour toutes les cathédrales du monde. L’architecture fixe l’image qu’un pays a de lui-même à

Né en 1966 en Tanzanie, formé à Londres, à l’université de South Bank puis au Royal College of Art, il a débuté aux côtés du Britannique David Chipperfield et du Portugais Eduardo Souto de Moura, avant de fonder son agence en 1994. Avec des bureaux à New York, Londres et Accra, il est aujourd’hui l’un des architectes les plus influents de sa génération. Entre autres projets à forte portée symbolique, on lui doit le musée national de l’Histoire et de la Culture africaines-américaines de Washington, inauguré par Barack Obama en 2016, l’École de management de Moscou ou encore l’Idea Store Whitechapel de Londres, une bibliothèque qui est aussi un espace de rencontres. En octobre dernier, David Adjaye est devenu le premier architecte noir à recevoir la médaille d’or du Royal Institute of British Architects, l’une des plus hautes distinctions dans le monde de l’architecture. Et le 13 novembre, il a été annoncé qu’il dessinerait le musée que le Nigeria va construire à Benin City pour y exposer les œuvres de l’ancien royaume du Bénin, dont certaines ont été pillées par les Britanniques en 1897 et sont disséminées dans toute l’Europe. Ouverture prévue fin 2024.

thierry

Rédigé par : thierry

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